Architecte
Comblen Paul
Date de réalisation
1904
Date de fin de réalisation
1909
Typologie
Transports
Maître d'ouvrage

J. Bellens

Adresse
Place Saint-Lambert, 33 - 4000 Liège
Réf bibliographique

MOOR, Thomas, Paul Comblen (1869-1955). De l’Art nouveau au pré-modernisme. Un architecte à la croisée des influences, mémoire en histoire, Liège, Université de Liège, 2001.

État du projet

Réalisé

Fonds d'archives
Comblen Paul (1869-1955)
Description du dossier

Contient élévations, plans, propositions d’élévation et les implantations des différentes aubettes. Contient 6 documents.

Auteur, date de la notice
Thomas Moor, 2026

Conscient des retombées économiques inhérentes à l’afflux de visiteurs de l’Exposition universelle de 1905, J. Bellens, propriétaire de la Librairie Centrale, rue de la Régence à Liège, se lance dans l’édification de nouvelles « aubettes » – un belgicisme désignant un abri de voyageurs et un kiosque à journaux – pour la Société des Tramways liégeois, qu’il confie à l’architecte Paul Comblen. Le libraire est soutenu dans son entreprise, qui contribue à la modernisation des infrastructures de la ville en vue de la World’s Fair, notamment grâce à l’intégration de toilettes, une commodité perçue par les autorités communales comme une nécessité. D’autant plus que la plupart des emplacements proposés concernent des endroits stratégiques de la ville : place Saint-Lambert, place Cathédrale et pont d’Avroy dans le centre ; place des Guillemins, devant la gare principale assurant la liaison ferroviaire avec la capitale, Bruxelles ; devant la gare du Longdoz, terminus des trains en provenance des Pays-Bas (Maastricht) ; place de l’Acclimatation (aujourd’hui place d’Italie), devant l’une des principales entrées du site de l’Exposition ; et enfin, quai de l’Industrie (aujourd’hui quai Churchill) et au croisement de la rue des Vennes et de Fétinne. « La conception dépasse de beaucoup ce qui est d’usage de faire pour le public liégeois et est plutôt en rapport avec les obligations d’une ville qui se prépare à une grande exposition », écrit Paul Comblen au journaliste Léon Souguenet, qui l’interroge alors et rédigera ensuite : « […] Au point de vue général du plan, il fallait tracer un petit édifice aux services multiples et formant un tout homogène et réduit. C’est Mr Comblen qui s’exprimait ainsi devant votre serviteur et qui prouvait qu’il n’avait pas cru devoir copier Saint-Pierre de Rome ou le Palais de Justice de Bruxelles […] Mr Comblen nous faisait remarquer […] qu’il importait surtout de ne pas gâcher un site en édifiant un monument prétentieux. Cet édicule n’avait pas à changer le site. Encore, fallait-il qu’il s’indiquât de lui-même à la foule quand on avait besoin de lui et n’accaparât pas le regard de tout passant. [L’architecte] fera ce qu’on lui demandera de faire, selon son art et avec confiance, de la façon la plus appropriée à la destination indiquée. » (Le Journal de Liège, 23 août 1905). L’emploi de l’acier pour la structure, du béton pour les parois et du verre forme une architecture sobre et fonctionnelle, dont se démarque la couverture en plomb aux motifs d’angle destinés à évacuer l’eau de pluie, dessinés par le sculpteur liégeois Oscar Berchmans. Le dénuement architectural est tel qu’il déconcerte les autorités communales, retardant l’octroi des permis. Seuls sept édicules seront réalisés, et Bellens renoncera à poursuivre sa collaboration avec Comblen après 1907. Les quelques exemplaires réalisés susciteront toutefois, a posteriori, l’intérêt de plusieurs villes – Namur en 1907, Düsseldorf en 1909, Schaerbeek en 1912 – et d’architectes belges d’importance, comme Fernand Bodson, qui leur consacre un article dans la revue Tekhné en 1911, et, plus tard, Albert Puters, chargé de cours à l’Université de Liège, qui écrira à leur propos dans la revue Savoir et Beauté : « de petits chefs-d’œuvre de clarté, d’élégance, très gais et tous variés, mais avec un air de famille ; réalisation en fer et béton recouvert de granito, des châssis métalliques, des auvents et un mobilier pratique, agréable, se repliant, s’emboîtant en un volume minimum » (« Architectes liégeois modernes », 1928). Les édifices seront progressivement remplacés, dès les années 1930, par des aubettes plus modernes. Les remarquables plans – certains à l’échelle 1:1 –, les correspondances et les factures des entreprises de construction (entrepreneur Laurent Fraigneux, pierre de Meuse de Discry d’Andenne, mosaïste Pellarin, mobilier Deleval, couvreur Fryns) ont toutefois été conservés jusqu’à nos jours au sein du fonds Comblen.